Après un préambule par notre Président Renaud Jeanne et présentation par Michel Laffon, notre conférencier entre dans le vif de ce sujet passionnant.
L’introduction particulièrement claire définit les deux points du titre : le monde est d’abord océanique et c’est pour cela qu’il est au centre de tous les enjeux. Ainsi le propos nous montrera en trois temps : que la mer est au cœur du monde contemporain, que l’Histoire du monde peut se faire autour de la longue Histoire maritime et qu’enfin l’océan est donc au cœur des plus grand défis du monde contemporain.
1. La mer au centre du monde contemporain :
-90% du commerce mondial passe par la mer ; ce sont 100000 navires marchands et 12 milliards de tonnes transportées et ce par seulement 12 passages obligés (comme Ormuz bien connu maintenant mais aussi Malacca : 50% du commerce mondial !)
-c’est aussi un espace d’affirmation de puissance : les flottes des plus grands pays tiennent à faire acte de présence dans toutes les mers.
-moins connu : 99% des communications passent par les câbles sous-marins ! avec environ 600 câbles d’Etats + des câbles privés. Le numérique c’est la mer !
-la mer, ce sont également des ressources : le poisson fournit des protéines à 3 milliards d’humains ; l’énergie éolienne est en grande partie maritime ; enfin les fonds marins enferment des minerais rares, des modules polymétalliques, des encroûtements cobaltifères.
-la biodiversité contenue dans les mers est à l’origine de ressources génétiques utilisées en pharmacie, cosmétique. Elle peut fournir oxygène et biocarburants.
Dans tous ces domaines, la France n’est pas mal placée : elle a le plus grand espace maritime mondial ; une flotte marchande de premier rang (CMA CGM) ; une marine de premier plan avec la gamme complète de tous les bâtiments de guerre ; un institut de recherche reconnu pour la science (IFREMER) mais aussi en archéologie ; orange-marine est à la pointe pour la pose des câbles sous-marins. Cela est essentiel car l’Histoire nous montre que les grands Empires ont toujours eu leur Histoire liée à la mer.
2. Une longue Histoire maritime :
Depuis l’Antiquité, la mer a constitué le moteur de l’Histoire humaine ; la mondialisation s’est faite par la mer. Les Athéniens, avec la ligue de Délos, dominent la Méditerranée orientale, puis les Romains constituent leur « Mare nostrum ». Au XVème siècle le monde occidental s’ouvre par la découverte des grandes voies maritimes et le Portugal à l’est et l’Espagne à l’ouest se partagent le monde. Les grands explorateurs améliorent les connaissances de la mer et ouvrent de nouvelles routes maritimes : les Océans ne sont plus des obstacles mais des moyens de communication.
Le percement des canaux de Suez et de Panama réduit considérablement les distances et donc les temps de trajet. De nos jours, la possibilité de passage par la route maritime du Nord va révolutionner le commerce. Mais qui dit grands enjeux dit grandes tensions autour de ces enjeux.
3. La mer au centre de toutes les menaces majeures :
Les mers n’ont pas de limites et se rejoignent toutes mais quand les puissances s’y rencontrent il y a tensions ! On a redéfini les frontières maritimes. On assiste au retour de puissances affirmées. La Chine construit tous les 3 ans l’équivalent de la flotte française. Il y a plus de 500 sous-marins dans le monde. L’Inde, le Japon s’équipent… Les drônes marins se développent. Il y a beaucoup d’armes sur la mer : va-t-on vers une guerre maritime ?
Le défi climatique passe d’abord par la mer ! 93% de l’excédent de chaleur et 30% du CO2 émis sont absorbés par la mer qui produit 50% de l’oxygène ! La fonte des glaces modifie le niveau des mers mais aussi la salinité et l’équilibre thermique des eaux ; de là des modifications dans les grands courants et des migrations chez les poissons.
La pollution menace les eaux : 400 millions de tonnes de plastique, 6 millions de tonnes d’hydrocarbures par an et 11 milliards !! de mégots par jour dans la mer!
La croissance de la population entraîne une surpêche : 90% des stocks sont surexploités. Les accords de réglementation sont bien difficiles !
Enfin l’exploitation des fonds marins crée de nouveaux problèmes de pollution, de bouleversements environnementaux. Comment concilier économie et environnement ? Jusqu’où aller ?
En conclusion, quand on a pris conscience de tous les enjeux liés aux océans, on ne peut que se dire qu’il faut « maritimiser » les esprits. Mieux comprendre la mer c’est certainement le meilleur moyen de motiver les hommes pour la protéger et la sauver. Le Musée de la Marine y contribue.
Merci à Vincent Campredon pour cette brillante conférence longuement applaudie.
Gisèle et Alain.