Né à Albi le 18 décembre 1741, Henri Pascal de Rochegude, est issu d’une famille de « noble lignée ». Elle trouve ses origines au Moyen-Âge à Saint-Juéry (Aveyron). Contemporain de Lapérouse mais moins connu, il se caractérise par sa fidélité à sa ville natale et son esprit tout empreint du « Siècle des Lumières »
Durant sa jeunesse à Albi, il côtoie, au collège des Jésuites, Lapérouse, un autre marin, et Antoine Portal, futur fondateur de l’Académie Royale de Médecine. Il y acquiert une formation très solide. Son esprit curieux et son envie d’ailleurs et de découvertes l’amènent à 16 ans à Rochefort où il entre à l’école des Gardes de la Marine Royale le 20 mai 1757.
SA CARRIERE DANS LA « ROYALE » :
– Il participe à diverses batailles navales lors de la guerre de 7 ans (1756/1763) : au Canada sur « le Dragon » en 1758, à la « bataille des Cardinaux » sur l’Orient et face à Rochefort sur « le Solitaire » en 1761/1762. Il est nommé Enseigne de vaisseau à 26 ans.
– Il part ensuite dans l’Océan Indien pour 2 campagnes dans les comptoirs de l’Inde d’abord sur « la Garonne » puis sur « l’Oiseau ». Il rédige des comptes-rendus sur la situation du commerce, les rapports avec les nations européennes, aidé en cela par sa parfaite connaissance de l’anglais. La qualité de ses rapports transmis au Roi est soulignée par le ministre de la Marine lui-même mais il n’obtient pas d’avancement ! Lors de son deuxième voyage, il participe à la découverte des îles Kerguelen.
– Il prend part ensuite à la guerre d’Indépendance des Etats-Unis. Il est lieutenant de vaisseau et reçoit en 1779 la Croix de Saint- Louis. En juin 1780 il combat face à Cadix et se rend ensuite aux Antilles.
– En 1785/1787, il est basé à Saint Domingue. Il est nommé capitaine de vaisseau en 1786 et commande « la Fauvette » (45 canons !) mais à 45 ans, 7 ans après La Pérouse ! Il fréquente les colons sur l’île et rédige encore une fois d’excellents rapports mais n’obtient ni pension ni avancement. Il est nommé en 1783 membre de l’Académie Royale de Marine où il présente de nombreuses propositions mais, déçu de sa carrière, il quitte la Marine fin 1787. Il a profité de ses voyages, acquis de nombreux livres. Le 17 octobre 1787 il achète l’Hôtel qui porte son nom et réoriente sa vie.
SA CARRIERE POLITIQUE :
Cette retraite correspond à la veille de la Révolution ; à 48 ans en 1789, il est
épris de justice ; c’est un noble libéral, fidèle au roi et qui souhaite des réformes. Il se fait remarquer lors de la rédaction des Cahiers de Doléances et est élu aux Etats Généraux. Il siège à la Constituante du 10 février 1790 au 30 septembre 1791et devient commissaire adjoint au Comité de la Marine. A la fin de son mandat, il reste à Paris et refuse le poste de maire d’Albi. Elu député à la Convention Nationale, il y siège du 6 septembre 1792 au 26 octobre 1795. Modéré, il renonce à ses privilèges et n’ayant pas voté la mort du roi, il est ébranlé par le verdict. Lorsque la « Patrie est en danger », il est chargé d’une mission importante sur les ports. Il est nommé contre-amiral en 1793. Effrayé par la Terreur, il commence à se tourner vers sa bibliothèque. Toutefois, sous le Directoire, il siège au Conseil des Cinq Cents mais cesse toute activité politique après le 18 Brumaire (9 novembre 1799) et rentre à Albi.
Conclusion sur sa vie politique :
Durant la Révolution, Rochegude s’est montré modéré ; fidèle à sa patrie, il a accompli son devoir en servant, en intellectuel, l’Etat et ses concitoyens.
LES 30 DERNIERES ANNEES DE SA VIE :
Il se retire donc dans son hôtel d’Albi.
Il a la passion des livres ; il en a acheté beaucoup durant ses voyages et possède près de 20000 volumes aux sujets très divers : traités, romans, encyclopédies, récits de voyages, classiques…
Il recopie de nombreux ouvrages même en langue étrangère, poésies, chansons…
Il contribue à la préservation du patrimoine occitan avec les œuvres des Troubadours et rédige « Le Parnasse occitanien » et un « Essai de glossaire occitanien » en 1819. En juillet de cette année il reçoit le titre de « maître ès jeux floraux »
La fin de sa vie est marquée par de grandes émotions : en 1819, il a fait de son neveu, Emmanuel Pascal de Saint-Juéry, son légataire mais ce dernier meurt en 1822 et c’est sa sœur, Célestine, qui devient sa légataire. En 1826, il est victime d’un cambriolage. Enfin, en 1829, il préside la commission de souscription pour l’érection de la statue de La Pérouse. Le projet avait été adopté en 1828 mais n’aboutira à une inauguration qu’en 1853.
SON DECES ET SON HERITAGE :
Il décède le 16 mars 1834 et ses funérailles sont grandioses mais il est enterré dans le cimetière de l’hôpital d’Albi sous une simple dalle dont l’emplacement n’est pas sûr. Après le décès de sa légataire, c’est la mairie d’Albi qui hérite de ses biens. Quant à la métairie de Mas Grand, elle a été léguée directement à l’hôpital d’Albi. Un buste dû à Gabriel Pech fut érigé dans le parc de son hôtel en 1886.
CONCLUSION GENERALE :
Rochegude fut un marin albigeois important. Homme de science, de culture et de conviction, il a traversé la période révolutionnaire en homme politique modéré. Enfin, cet érudit modeste et généreux fut toujours fidèle à sa ville natale dont il fut un bienfaiteur.
Un grand merci à Gérard Alquier, déjà bien remercié par les applaudissements nourris qui ont salué la fin de cette conférence érudite et éclairante.
Gisèle et Alain.